Il arrive un moment dans la vie politique d’un pays où la fidélité à un homme devient la fidélité à une promesse. Non pas parce que cet homme serait au-dessus des institutions, mais parce qu’il incarne avec une rare intensité un espoir collectif que rien d’autre ne parvient à exprimer avec la même force. Dans l’histoire récente du Sénégal, cette figure est Ousmane Sonko. Son combat, sa résistance et sa cohérence ont fait naître un pacte moral entre le peuple et lui. Ce pacte n’est pas une simple affection politique. Il est devenu l’ossature d’un engagement national que le pays attend encore de voir pleinement réalisé.
Dire aujourd’hui que trahir Sonko revient à trahir le peuple n’est donc pas une formule militante. C’est reconnaître une architecture politique qui s’est construite au fil des années, dans les épreuves et dans la clarté d’un discours qui n’a jamais vacillé. Le Sénégal n’a pas adhéré à Sonko par impulsion. Il a adhéré à une vision enracinée dans le refus de la compromission, dans la lutte contre l’injustice et dans la volonté de réconcilier la démocratie avec la dignité citoyenne. C’est cette vision qui a porté l’alternance. C’est elle que le peuple reconnaît, au-delà des fonctions occupées et des titres attribués.
Le projet de rupture n’a jamais été un simple programme de gouvernement. Il a été vécu comme une renaissance morale. Les Sénégalais ont vu en Sonko celui qui disait ce que beaucoup pensaient sans oser l’exprimer, celui qui refusait le silence confortable, celui qui affrontait un appareil déterminé à le réduire au silence. Ce courage n’a pas seulement inspiré un réseau d’affinités politiques. Il a établi un lien intime entre le peuple et un homme qui semblait porter sur ses épaules la mémoire de leurs frustrations et la force de leurs aspirations.
Ce lien ne peut pas être brisé sans conséquences. Lorsqu’un pouvoir né de ce pacte commence à s’en éloigner, il ne trahit pas une personne. Il trahit l’élan collectif qui l’a fait naître. Les décisions qui semblent aujourd’hui ignorer ou marginaliser Sonko ne créent pas seulement un malaise dans l’opinion. Elles ébranlent la cohésion morale qui devait protéger le régime de la dérive. Elles interrogent les Sénégalais sur la fidélité du pouvoir à l’engagement initial qui avait suscité tant d’espoir. La confiance populaire est une matière fragile. Elle se construit lentement, mais se brise rapidement lorsque les fondements sont négligés.
On peut alors se demander ce que devient un projet politique lorsqu’il tourne le dos à son propre fondateur. Peut-il encore prétendre incarner la rupture? Peut-il continuer à parler au nom du peuple sans respecter celui qui a porté ses combats dans les moments les plus sombres? Peut-il offrir un horizon stable si la parole morale qui en est le socle est reléguée ou minimisée? Ces questions renvoient à la structure même du pouvoir. Un régime qui perd son axe moral finit toujours par perdre son orientation politique.
Sonko, de son côté, n’a jamais cherché à monopoliser le pouvoir. Il a cherché à en redéfinir la finalité. Il a rappelé que gouverner, ce n’est pas conquérir un espace institutionnel, mais se tenir au service d’une exigence éthique. Cette exigence reste vivante dans la conscience collective. Elle sert de critère pour juger les actes du pouvoir, de filtre pour évaluer les décisions, et de repère pour mesurer la cohérence d’un régime qui, sans elle, risquerait de devenir une simple variation du système qu’il prétendait dépasser.
Ainsi, la vérité s’impose avec une netteté incontestable. Trahir Sonko, c’est affaiblir la rupture. C’est renoncer à l’engagement initial. C’est créer une fracture symbolique que le pays ne comprendrait pas et que l’histoire jugerait sévèrement. Le peuple sénégalais n’a pas voté pour un arrangement. Il a voté pour une transformation portée par un homme dont la constance a modifié le cours de la vie nationale. Oublier cette constance reviendrait à renier la promesse faite à ceux qui, dans les rues, les urnes et les épreuves, ont rendu cette alternance possible.
Sonko n’est pas seulement un acteur politique. Il est devenu la conscience vivante d’un projet. Et tant que cette conscience demeure, le pays saura reconnaître où se trouve la fidélité, qui porte la vérité de la rupture et qui assume réellement l’engagement fait au peuple. Car trahir Sonko, c’est trahir l’essentiel. Et l’essentiel, ici, c’est le Sénégal.

